« Les libertés publiques qui constituent notre socle républicain ne sont pas à vendre à la découpe. »

Hypocrisie de ceux qui rappellent Mila à l’ordre

Tribunes
Quand la gauche qui se croit morale n’exhibe que son absence d’humanité.
« Je n’aime pas E. Zemmour et l’encourager va à l’encontre de mes valeurs. Mais je suis tellement terrorisée dans mon propre pays que je me dis qu’on n’a plus d’autres choix que de passer au moins un temps par cette radicalisation bien qu’elle me déplaise. Pour rester en vie », voilà ce qu’a écrit Mila sur Twitter et qui lui a valu une volée de bois vert de la gauche républicaine.
Or il y avait quelque chose d’insupportable à voir tous ces gens, exhibant leur hauteur morale, faire la leçon à une jeune fille menacée de mort et qui a été bien peu défendue. Personnellement lire ces mots m’ont fait monter les larmes aux yeux, car en vérité, ce qui est choquant n’est pas ce que dit Mila à propos de Zemmour, mais l’horreur de ce qu’elle vit. Elle a de quoi être terrorisée car sa vie est menacée à chaque instant et qu’elle ne peut plus mener une existence normale alors même qu’elle n’a rien fait de mal. Et bien cela n’a visiblement effleuré aucun de ses censeurs, trop occupé à l’accuser d’être devenue en creux un suppôt de l’extrême-droite sous couvert de la ramener à la raison.
Ce rappel à l’ordre idéologique est à la fois hypocrite et malsain. C’est vouloir s’auréoler de vertu en faisant la leçon à une personne, alors que sur le fond on s’en prend à la liberté démocratique. C’est indiquer clairement que le soutien à une personne persécutée dépend de sa soumission à une lecture du monde où ceux qui ne mettent pas un signe égal entre E. Zemmour et le diable seront conspués. Il y a en revanche quelque chose de fascisant dans ce type de comportement consistant à rappeler à l’ordre toute personne qui dévie de la ligne comme faisant le jeu de l’extrême-droite. D’ailleurs de ce type de procès de Moscou, on ne peut se sortir qu’en faisant son autocritique. Ce que Mila a fait avec raison. Elle n’a pas besoin d’allonger la liste de ses persécuteurs et à sa place j’aurai aussi donné des gages.
Pourtant E. Zemmour n’est pas le diable, ni un fasciste. Il n’est pas une resucée d’Hitler. Le post de Mila aurait mérité plus d’indulgence car venant d’une personne qui a tout perdu pour une engueulade d’adolescent sur les réseaux il témoigne avec justesse de l’emprise islamiste qui existe en France. La réduction ad hitlerum en creux qu’elle subit pour avoir parlé de Zemmour n’en est que plus déplacée. Assimiler le vote Zemmour à un vote fasciste est encore plus déplacé.
Qu’on le veuille ou non, E. Zemmour a eu une utilité démocratique en faisant sauter des tabous et en remettant la question civilisationnelle dans le débat public. Il a osé reparler du droit qu’a une Nation de subsister dans son être et dans son histoire. Il a donné une résonance politique à l’insécurité culturelle qui préoccupe nombre de Français. C’était nécessaire.
Cela ne signifie pas que le vote Zemmour est une solution mais cela fait qu’il ne peut-être repoussé d’un revers de main et réduit à l’expression d’un vote d’extrême-droite. Au lieu de diaboliser l’homme et le vote, il y a de quoi le critiquer sur sa vision d’une France vue comme parfaite alors qu’elle a ses grandeurs et ses failles, sur l’oxymore que constitue sa volonté de concilier Vichy et la résistance, De Gaulle et Petain, sur ses généralisations abusives, sur ses écrits sur les femmes… Bref on peut facilement argumenter pour expliquer pourquoi on ne votera pas pour lui et pourquoi s’il pose de bonnes questions, ses réponses peuvent ne pas convaincre. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé ici et ces réactions outrées et outrancières visent à faire de ce vote une marque d’infamie, un acte inacceptable qui vous met au ban de la bonne société. Et ce alors même que Mila prend clairement ses distances avec les valeurs qu’il porte pour en faire un choix du « moindre mal » qui est celui de nombre de ses électeurs potentiels. C’est dire si en partie le vote Zemmour résulte de l’incurie du pouvoir actuel et de ceux qui l’ont précédés. Mais cela est passé sous silence.
Il est bien plus facile de transformer le vote Zemmour en un acte honteux qui fait de vous un anti-démocrate et un partisan des heures les plus sombres de l’histoire. Le problème c’est que si ce que porte Zemmour a touché un nombre conséquent d’électeurs c’est parce que ces questions ont été justement longtemps jugées illégitimes par la gauche de gouvernement et le président actuel. C’est aussi parce que l’enjeu civilisationnel n’est pas porté par celui qui est à la tête de l’Etat et n’a tellement rien à dire sur ces questions qu’il compte sur la diabolisation de ces adversaires et le renvoi à l’extrême-droite de tous les thèmes qui le dérangent pour être réélu.
Quand on entend les outrances d’un Melenchon, on se dit que les indignations de la gauche du rappel à l’ordre permanent sont bien sélectives. Pourtant quelque chose me dit que si Mila avait dit voter Mélenchon, on lui aurait fichu une paix royale. Tout cela est d’une hypocrisie sans nom et dans le fond bien peu démocratique. Qu’une jeune fille persécutée en fasse les frais est encore plus dérangeant.