« La République nous rassemble, elle nous grandit. Menacée, elle nous appelle ! »

Front Populaire, brûlez cette revue que nous ne saurions lire

Articles, Tribunes

Mais de quoi ont-ils peur ? A peine Michel Onfray a-t-il annoncé le lancement de la revue Front Populaire, que la cabale a commencé. L’homme étant tout sauf fade, neutre et insipide et sa plume ne dédaignant pas la polémique, qu’il ne se soit pas fait que des amis n’est pas étonnant. Que la démarche puisse essuyer critiques, contestations ou interrogations n’est pas non plus illégitime. Sauf que ce n’est pas ce qui se passe. Là, ce à quoi on assiste est une opération de lynchage en bande organisée où pour arriver à déshonorer un homme et ceux qui s’associent à sa démarche, tous les moyens sont bons, à commencer par le procès d’intention, la manipulation historique et les attaques personnelles les plus basses. Persuadés que cette chasse à l’homme commise en meute est la meilleure manière de n’avoir aucun compte à rendre sur le fond et que leur appartenance à l’establishment médiatique autorise à s’asseoir sur toute déontologie ou sur toute honnêteté intellectuelle, le Monde, Libération, mais aussi Charlie Hebdo, Jean-François Kahn ou encore Jacques Julliard se sont livrés à un réquisitoire en règle contre la revue Front Populaire. Un réquisitoire d’une violence extrême, faisant référence au nazisme, aux parcours de Doriot et Déat, accusant la revue d’être aux mains de l’extrême-droite, le tout sans pour autant produire la moindre preuve qui justifie de telles accusations.

Des attaques violentes sans même que la revue ne soit parue

Que pouvait donc contenir les articles de la revue pour susciter une telle levée de bouclier et une telle peur ? Quelles sont les prises de position inqualifiables qui expliquent un tel ostracisme ? Qu’ont lu tous ces gens qui, en tapant sur Michel Onfray, croient accomplir un acte de purification et règlent leurs comptes en se faisant passer pour des chevaliers blancs ? Dans les faits, rien. La revue n’est pas sortie, ils n’en ont lu aucun texte. Alors quels sont leurs arguments factuels ? Aucun. Ils ont juste vu dans la liste des abonnés (appelés contributeurs parce que l’abonnement soutient financièrement le journal) qu’il y avaient trois noms d’extrême-droite. Le pire c’est qu’il n’est venu à l’idée d’aucun des journalistes qui se gargarisent avec cette « information », de vérifier si Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen, le RN ou d’autres noms qui les hérissent ne seraient pas abonnés à leur propre journal. Or il est probable que oui : un politique lit tous les journaux. Selon leur logique, le Monde serait donc un journal d’extrême-droite. On constate là toute la stupidité d’un tel mode de raisonnement. Pourtant, faute d’avoir quoi que ce soit de factuel pour instruire le procès en diabolisation, c’est ce prétexte qu’utilisent ces journalistes, transformés en procureurs médiatiques.

Aujourd’hui pour faire tomber un homme ou un mouvement naissant, il suffit d’en faire un objet d’opprobre, quitte à inventer la plupart des charges. Le fait même que les insinuations et faits déformés soient publiés dans la presse leur donne de la crédibilité et même si beaucoup ne sont pas dupes de la manœuvre, ils préféreront laisser passer la mystification plutôt que prendre le risque, en la dénonçant, de se retrouver affublés du qualificatif de fasciste par association. Qualificatif qui a pour but d’entraîner la mort sociale et de disqualifier définitivement la parole. Le fait que l’on puisse renvoyer au fascisme voire carrément au nazisme, un homme qui, comme Onfray l’a toujours dénoncé et combattu et ce, au mépris de son œuvre comme de ses prises de position publiques, est un avertissement. En montrant avec quelle facilité on peut traîner dans la boue un homme connu et reconnu, les courageux osant s’élever contre ce rabaissement du journalisme réduit à être l’accusateur public d’un procès politique savent qu’il y aura un prix à payer. Ainsi malgré la médiocrité du procédé employé, seul Franz-Olivier Giesbert s’est étonné de la violence du procès instruit contre Michel Onfray et a déploré l’indigence du travail des journalistes en la matière.

Une instrumentalisation de l’Histoire

Que Le Monde et Libération continuent leur lente descente vers les enfers de la médiocrité en se spécialisant dans l’attaque personnelle n’étonne plus personne. En revanche il est triste qu’un homme comme Jacques Julliard participe à une telle curée en faisant preuve d’une même absence d’honnêteté intellectuelle et en caricaturant l’histoire comme un vulgaire propagandiste pour qui la fin justifie tous les moyens. Lorsqu’on est un honnête homme, il y a des procédés que l’on n’emploie pas. Jacques Julliard a ainsi parfaitement le droit de détester Michel Onfray et de ne pas se retrouver dans sa démarche, ni dans sa pensée. Il est libre de combattre ses propositions, en revanche la référence au nazisme et à l’extrême-droite le ridiculise.

Convoquée à la barre des témoins pour servir l’accusation, l’Histoire exhibée comme caution est ici une histoire biaisée, les concepts utilisés sont tordus et approximatifs quand ils ne sont pas entachés d’erreur. Ainsi, Jacques Julliard explique que « le régime nazi était un régime populaire avec des apports de gauche à côté de sa base d’extrême-droite ». Il sous-entend donc que la revue lancée par Michel Onfray possède les mêmes caractéristiques. Il oublie la dimension raciale du nazisme, composante un peu plus fondamentale tout de même que les « apports de gauche ». Il explique ensuite que ce qui caractérise le régime nazi, c’est le fait que « d’emblée au nom du peuple, il s’est prétendu habilité à éliminer ses adversaires ». On ne voit pas vraiment à quoi Jacques Julliard fait allusion. Il imagine vraiment les personnes engagées dans Front Populaire être sur une logique de rejet des minorités et de violence envers les opposants ? Qu’a-t-il à produire pour justifier une telle diffamation ? En vérité qui, aujourd’hui, tente d’éliminer symboliquement et socialement son adversaire si ce ne sont les Julliard, Kahn et compagnie ?  Qui considère que le fait même de lancer une revue et de parler de souverainisme fait de vous un fasciste ? Qui récuse le débat et en appelle à la censure et au déhonneur de ceux qui les contrarient ? Qui tente de bâillonner, museler et humilier l’autre si ce n’est notre éditorialiste qui se réclame de la gauche ? Certes, là Jacques Julliard parle d’élimination physique. La comparaison n’en est que plus grossière, insultante et déplacée.

Des définitions biaisées

Autre problème, M. Julliard récuse le souverainisme parce que, selon lui, « la souveraineté est un concept d’origine ecclésiastique qui avait pour but d’établir la suprématie de l’évêque de Rome, autrement dit le pape, sur les autres évêques. D’emblée il y a dans un tel souverainisme une connotation absolutiste incompatible avec la démocratie. » C’est oublier un peu vite que la réforme grégorienne auquel il fait ici allusion aboutit aussi à la distinction entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel et ouvre donc la voie à la naissance de l’état moderne, non à celle de l’état totalitaire. Voir donc dans la souveraineté même une connotation absolutiste incompatible avec la démocratie est ridicule et exagéré. Comme nombre des Fouquier-Tinville, qui instruisent le procès de Michel Onfray, l’éditorialiste de Marianne avance en accumulant les amalgames, un procédé qu’il n’a pourtant de cesse de démonter chez les autres. Pour eux le souverainisme n’est pas le refus d’accepter de se fondre dans une instance supranationale, c’est un mot qu’ils assimilent au triptyque nationalisme-racisme-fascisme. Ils sont des militants de l’Europe néo-libérale et sont tout à fait en droit de critiquer ceux qui pensent qu’il y a mieux à faire du projet européen et trouvent que le lieu de la démocratie et de la république reste encore les Etats-Nations. Mais de là à assimiler tout doute face au projet européen à un happening fasciste, il y a une marge.

Enfin, notre pamphlétaire confond « souveraineté » et « pouvoir » et mélange allégrement source de légitimité, lieu de définition de la citoyenneté et espace d’exercice du pouvoir. Or les termes souveraineté et pouvoir ne sont pas équivalents. Lui qui parait si attaché au droit et au règne de la loi commet ainsi nombre d’erreurs qui ne sont pas du niveau de son érudition. Ce n’est pas parce qu’il n’existe qu’un seul peuple français qu’il n’existe pas de différences de mentalités selon les régions et territoires, ni des attachements locaux très forts, pour autant ils ne définissent pas une autre forme de citoyenneté. De la même façon, si dans les démocraties la souveraineté est détenue par le peuple, constitué en un corps politique, la Nation ; le pouvoir, lui, s’exerce de façon différente selon les hommes qui le détiennent ou les espaces dans lesquels ils agissent, mais la source de leur légitimité, de leur droit à exercer le pouvoir, elle, ne varie pas. La décentralisation n’a pas fracturé le peuple français en autant de peuples locaux pas plus qu’elle n’a vocation à diviser la Nation.

Des accusations sans recul ni fondement

Enfin, comment peut-on ignorer que dans les périodes de crise, l’équation personnelle joue beaucoup ? Des hommes venus de la gauche ont fait preuve d’un immense courage, d’autres ont sombré dans le nazisme et la collaboration ; des hommes venus de la droite traditionnelle ont su choisir la résistance, d’autres ont servi l’ennemi sans vergogne. Rappelons également les procès d’intention faits en permanence à De Gaulle par nombre de personnalités, qui n’ont jamais pris de risques ni fait preuve de courage, mais qui pour le traiter de dictateur trouvaient toutes les audaces. Alors que l’homme est l’un des premiers à avoir dit non, qu’il a choisi l’exil et n’aura de cesse de ramener la France dans le camp des vainqueurs, il est accusé, notamment par les Français réfugiés aux Etats-Unis durant la guerre, de n’être mû que par son intérêt et de vouloir établir une dictature. Pourtant, cet homme, plutôt monarchiste, défendra et incarnera la république parce qu’il pensait que les Français la voulait. Pour lui la France passait avant ses convictions personnelles. Les censeurs du « camp du bien » sont-ils seulement capables de mesurer cette complexité humaine ? Parlons justement de ces chantres de la gauche qui, de Sartre à Foucault, ont soutenu les pires violences et les pires totalitarismes du XXe siècle (Staline, Pol Pot, Mao, Khomeyni), tout en instruisant le procès de nombre d’intellectuels, dits de droite, plus lucides qu’eux pourtant sur ces questions. Plus proche de nous, les véritables héritiers de la violence hitlérienne que sont les frères musulmans ne suscitent aucune mobilisation à gauche.

Mais surtout, où Jacques Julliard a-t-il lu, à part dans sa détestation personnelle ou dans son imagination que les personnes qui se réclament du souverainisme sont contre l’état de droit et pour l’isolationnisme économique ? Où a-t-il lu que les personnes qui participent à Front Populaire sont contre le fait qu’il y ait des coopérations fortes entre nations ? des objectifs industriels partagés ? Un marché commun ? Comment peut-il nier que si l’Europe dans sa version néo-libérale est rejetée, l’idée que les pays européens aient des liens et des mécanismes de solidarité est vue comme essentielle par Michel Onfray et nombre de ceux qui l’entourent ? Par haine d’un homme, est-on autorisé à travestir sa pensée et son discours ?  Sommes-nous condamnés à ce que ceux qui se présentent et se voient comme des intellectuels nous fassent vivre dans un monde faux et manichéens juste pour régler leurs comptes personnels ? Il semblerait hélas que oui et que pour cela tous les moyens soient permis.

Il y a quelque chose d’infiniment triste à voir des hommes respectables comme Jacques Julliard ou Jean-François Kahn, renoncer à toute honnêteté intellectuelle, se mettre à instrumentaliser l’histoire de la pire des manières, pour sombrer dans le procès d’intention et finir dans la reductio ad hitlerum. Se rendent-ils seulement compte que cette façon d’instruire un procès sur du vide, des présomptions et des haines personnelles recuites est indigne ? Se rendent-ils seulement compte que leur façon de violenter l’histoire en en occultant des pans entiers pour qu’elle serve leur haine du moment est dangereuse ? Pour ce faire, ils commettent la pire des erreurs, ils effacent le réel, éliminent le contexte et n’établissent des comparaisons que dans le but de renforcer leur position, pas pour éclairer réellement les situations. Voilà pourquoi ces gens pourtant instruits et qualifiés n’ont pas attendus de juger sur pièce et ont préféré condamner sans même lire. Persuadés d’appartenir au camp du bien, ils ne s’embarrassent donc plus des éléments superflus que sont la quête de la vérité, l’examen objectif, l’exigence de justice et le sens de la responsabilité. Qui pense différemment d’eux ne saurait être qu’un monstre et l’attaquer en meute pour le détruire est légitime. Cette « défaite de la pensée », comme l’a analysé Alain Finkielkraut, est la marque de notre temps, on eût aimé que des esprits lettrés sachent y résister.