« Nous ne sommes pas condamnés à manger des briques parce que nos dirigeants vont dans le mur »

Mémoire et colère

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C’était le 7 janvier 2015. L’assassinat politique venait d’être remis au goût du jour. On apprenait que même chez nous, la liberté d’expression pouvait conduire à la mort.

On a cru qu’après un tel massacre, nous serions solidaires du courage de ceux de Charlie. Mais non, c’est la peur de subir le même sort qui l’a emporté et beaucoup se sont mis à donner des gages à l’idéologie qui a armé et magnifié ces meurtres. Souvenez-vous. On a très vite vu des journalistes (Edwy Plenel en tête) des dessinateurs (Plantu et Geluck notamment), des hommes politiques expliquer que les journalistes de Charlie l’avaient bien cherché.

On a espéré le sursaut, on a eu souvent l’indécence et le déni.

On comprend le sentiment d’amertume exprimé par Riss. En tout cas personnellement je le partage. “Beaucoup se sont déjà lassés” des combats portés par le journal satirique. “Ce ne sont pas seulement nos histoires personnelles qu’on oublie, c’est aussi ce qu’a signifié ce qui nous est arrivé. On a l’impression qu’on tourne le dos à ça, alors qu’à notre avis ces phénomènes de réactions rétrogrades sont toujours présents, encore plus qu’il y a 4 ou 5 ans”, estime Riss, directeur de la rédaction et auteur du dessin en Une.

“Ce n’est plus uniquement une hostilité qui vient d’extrémistes religieux mais aussi d’intellectuels”, s’inquiète-t-il. Dans un édito coup de poing, intitulé “Vous êtes encore là ? “, il déplore que “depuis quatre ans, la situation à l’égard du totalitarisme islamiste n’a fait que se dégrader. Comme la créature d’Alien qui pond ses oeufs sans interruption, le blasphème a fait des petits. […] Tout est devenu blasphématoire”.

Il faut dire qu’entre temps les islamistes ont progressé et que les frères musulmans entre autres se sont bien rapprochés du nouveau pouvoir.

Et pour Charlie ? Les dépenses de sécurité sont entièrement à la charge du journal. Charlie Hebdo dépense chaque année “1,5 million d’euros” pour assurer sa sécurité, “ce n’est pas viable à terme” selon Riss. “Aucun média n’est dans cette situation-là”.

Et aujourd’hui, au lieu de se rendre aux commémorations et d’honorer ceux qui sont morts pour nos libertés, Emmanuel Macron préfère parler avec le Conseil Français du Culte Musulman, dirigé par un franco-turc, proche des islamistes et téléguidé par le régime du frère musulman Erdogan, des changements à apporter à la loi de 1905…

Le dénommé Ahmet Ogras est de ceux qui jugent inadmissible que Charlie continue à caricaturer Mahomet, affirme que le voile est une prescription du Coran, soutient le financement étranger des mosquées et trouve qu’Erdogan est un modèle de démocratie au moment où celui-ci enferme journalistes et opposants dans ses geôles..,

A ce stade, on ne sait si le Président fait preuve de bêtise ou de mépris mais on a compris qu’entre la défense de nos principes, le respect de nos morts et les gages à donner à des individus plutôt proches des islamistes, il a choisi. Et nul ne l’obligeait à faire ce choix-là, ce jour-là. Symboliquement le message est fort, malheureusement il donne la nausée.

Comme Charb le disait, « j’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïcs qui se taisent » alors que dire des politiques sans conscience ? 

Or une démocratie qui refuse de protéger un journal que des terroristes ont voulu museler, n’est plus vraiment une démocratie. Si l’assassinat politique devient une possibilité d’interdire certaines paroles dans le débat public, alors nous ne sommes même plus une civilisation. Si nous ne savons même plus honorer ceux qui sont tombés au nom de nos principes et de nos libertés, alors que sommes-nous devenus et surtout qui sont ces gens qui nous gouvernent ? 

Mais finalement cela n’a pas l’air de déranger grand monde. Continuons à danser sur le volcan, même s’il fait de plus en plus chaud.