« L’égalité face à la loi est au cœur de l’esprit laïque car cette égalité est reconnaissance de notre humanité commune. »

L’affaire Benalla : indécence ordinaire

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Il s’appelle Alexandre Benalla, il est conseiller à l’Elysée et proche du Président Macron. Sur une video, on le voit, usurpant des symboles le faisant passer pour un policier, intervenir dans une manifestation pour frapper un homme.

L’affaire est grave, l’abus caractérisé mais elle raconte aussi quelque chose d’inquiétant sur le pouvoir d’Emmanuel Macron, une excitation à s’encanailler bien peu jupitérienne et très dangereuse dans le message qu’elle envoie. L’idée de l’émergence d’une voyoucratie où accéder au pouvoir c’est atteindre le stade suprême de la prédation en toute impunité. Ce qui est en cause ici n’est rien de moins que la démocratie.

Chez une partie de l’entourage du Président, la marque du pouvoir et de la puissance devient ainsi la liberté d’en abuser sans jamais en rendre compte. Or cumuler les avantages et les prébendes, en échappant aux responsabilités, c’est dominer toujours, sans servir jamais. C‘est voir la puissance comme le droit à frapper et à humilier et les relations humaines comme une chaîne alimentaire dont il est essentiel d’occuper le sommet, puisque dans la représentation du monde de ces esprits tordus, si on n’a pas l’instinct du prédateur, on a un destin de proie.

Yassine Bellatar illustrait déjà la tendance des favoris du Prince à s’extraire de toute obligation morale. Son impunité étant garantie par une fraternité avec Emmanuel Macron, qu’il met en avant sans qu’elle n’ait jamais été démentie, l’homme se permet d’insulter et de menacer tous ceux qui contrarient son ego avec un langage et des manières de caïd. Ce n’était déjà pas bien glorieux comme pratique du pouvoir, mais là un pas important a été franchi par un autre des collaborateurs du Président de la République. Le fait de se faire passer pour un représentant des forces de l’ordre quand on n’est là que par la faveur du président est gravissime. C’est même une infraction pénale, surtout quand à cette occasion des violences sont commises. Le directeur de cabinet du Président ne pouvait ignorer qu’il était tenu par son statut de fonctionnaire de faire un signalement, sauf ordre contraire émanant du plus haut niveau.

Or manifestement, pour ses amis caïds, Emmanuel Macron a toutes les indulgences. Alors que des manquements gravissimes ont été commis, Alexandre Benalla n’aura écopé que d’une sanction symbolique. Quelques jours de suspension. L’abus de pouvoir caractérisé sera même récompensé par une marque de faveur présidentielle : l’homme était dans le bus des bleus qui a descendu les Champs-Élysées. Et tandis qu’il se pavanait aux côtés des champions du monde, les simples gens qui avaient attendus leurs idoles toute la journée pour les applaudir ont à peine eu le temps de les entr’apercevoir.

A ce stade, il y a de quoi être confondu par l’amateurisme dangereux du président. Comment a-til pu lui échapper que, protéger des comportements aussi déviants et graves chez les hommes qui sont ses conseillers, donnait l’image d’une République en train de se corrompre avec l’aide de celui qui a été élu pour la garantir. Comment ne pas être effrayé par une tolérance étonnante vis-à-vis decomportements qui sont ceux de ceux-là mêmes qui font régner la terreur et le contrôle social dans les quartiers de non-droit. Il semble fasciner par ces caïds qui n’ont ni moral, ni mesure et usent de leur influence auprès des politiques pour exhiber autant leur corruption que leur impunité. Des intouchables qui se construisent un royaume dont leur capacité de nuisance sont les bornes. Comment accepter ici au plus haut niveau du pouvoir, des comportements que l’on attendrait plus de nervis du FN et de fachos patentés que du soi-disant nouveau monde que l’on nous a vendu ad nauseam.

Sidérée par cette nouvelle histoire, je ne peux m’empêcher de penser à la fin d’Orange mécanique de Stanley Kubrick, quand le héros comprend que pour étouffer la nature des expériences auxquelles il aura été soumis, le politique lui offre l’impunité totale. S’ouvre alors pour lui un paradis de sexe, de violence et de sang, sous protection gouvernementale. La seule chose qu’il nous reste à espérer estque cette histoire permettra peut-être de faire le ménage dans les coulisses d’un nouveau monde, qui à défaut de faire regretter l’ancien, semble en être la continuation dans la dégradation.