« Il nous faut plus que jamais faire le choix de l’humanisme. »

La satire politiquement correcte

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Souvenez-vous d’Hara-Kiri titrant : « bal tragique à Colombey, un mort » pour annoncer la mort de De Gaulle (en référence à l’incendie d’une boite de nuit une semaine plus tôt dont le bilan particulièrement meurtrier avait marqué les esprits). Cela avait choqué à l’époque, mais les gens savaient ce qu’était un journal satirique, indifférent au bon goût et abonné à l’humour noir et désespéré.

Aujourd’hui il faudrait que la satire soit politiquement correcte, ce qui est une contradiction dans les termes.

Mais au-delà, si cette Une choque ou gêne, c’est surtout parce qu’elle entre en résonance avec un constat que nous vivons dans notre chair : l’Islam n’est pas ou plus une religion de paix. Pas plus que ne l’était le catholicisme quand il était en proie à l’inquisition, l’Islam d’aujourd’hui, travaillé par le radicalisme, porte en Occident un message spectaculaire de mort et de violence et suscite de ce fait la crainte et le rejet.

C’est parce qu’ils étaient conscients du danger de la propagation d’un Islam politique, conquérant et litteraliste, construit au détriment de l’Islam apolitique de leurs parents que les croyants les plus éclairés ont plaidé pour la réforme de l’Islam. C’est le sens de la quête de cet Islam des Lumières qu’ont mené Abdelwahab Meddeb, Malek Chebel, Abdennour Bidar… L’urgence pour les musulmans est là. Pas à vouer aux gémonies ce qui n’est qu’une caricature.

Il ne faut pas se tromper de combat : Charlie ne tue pas, n’a jamais tué, il a au contraire payé le prix du sang. Ceux de Charlie ont été massacrés au nom de nos libertés et ils continuent pourtant à les défendre, là où la plupart d’entre nous auraient arrêtés, tétanisés par la peur.

Aujourd’hui c’est aux cris d’Allah Akbar que l’on massacre et c’est au nom de l’interdit du blasphème que certains justifient la violence abominable commise contre Charlie. Cela peut pousser à questionner le dogme de la religion pourvoyeuse de paix et d’espoir. Cette Une-là hélas n’est pas qu’une provocation, elle parle aussi d’une réalité, même si nul n’a envie de s’y confronter.