« Nous avons encore de belles choses à apporter au monde, tout un patrimoine à faire partager et un monde commun à reconstruire. »

Une nécessaire vigilance

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Edouard Philippe est le nouveau Premier ministre. L’homme est surtout connu chez les laïques pour avoir mal géré une polémique autour de l’association « Havre de Savoir », proche de l’UOIF. Cette association souhaitait organiser dans des locaux municipaux un rassemblement d’islamistes notoires, présenté évidemment comme un rassemblement musulman pour mieux faire passer la pilule. Alertée par nombre de mouvements laïques, le Maire du Havre s’était montré à cette occasion, on ne peut plus léger face au caractère problématique des prédicateurs invités, on ne peut moins lucide face à l’islamisme et on ne peut moins motivée en tant que défenseur de la laïcité. Que cet homme-là soit choisi comme chef du gouvernement d’un pays, qui est toujours Charlie même si ses représentants semblent vouloir tourner la page, a été lu comme un signe de dédain adressé aux militants de la laïcité. Or une lecture plus tactique peut expliquer ce choix, plus fait pour porter un coup fatal à la droite que pour envoyer un mauvais message aux laïques.

Pour l’ensemble des Français, le nouveau premier ministre est un inconnu. Edouard Philippe a la réputation d’un homme arrogant mais compétent, intelligent, habile, capable de saisir une situation et d’évoluer. Il est très attaché aux libertés individuelles, bien moins aux protections collectives et à ce titre peut sembler perméable aux discours des alliés des islamistes qui instrumentalisent les libertés individuelles dans leur rapport avec les autorités publiques pour mieux les refuser à l’intérieur de la communauté sous leur emprise. Pour autant il se garde bien de tout discours multiculturaliste.

Il n’en reste pas moins que, pour nombre d’entre nous, l’inquiétude face à cette nomination domine. Même si on semble être en face de la reconduction des tactiques politiciennes à l’ancienne visant à s’assurer une majorité d’action.

Il est vrai que pour les Législatives, le premier front, celui du PS ayant été brisé, il faut maintenant déstabiliser durablement le second : la droite. Avec la nomination d’Edouard Philippe, le but est d’accréditer le fait qu’En Marche n’est pas une usine de recyclage d’anciens élus socialistes, mais un vrai mouvement rassemblant droite et gauche. Surtout, via cette prise de guerre, LR part affaibli au moment de lancer la campagne législative.

On peut donc comprendre les avantages de ce coup politique pour Emmanuel Macron. Sans majorité parlementaire, la position d’un président est très fragilisée et le fait de nommer un membre de LR au poste de Premier ministre est une bonne façon de déstabiliser les électeurs de droite et de faire exploser le système. Et la stratégie fonctionne : au vu du ralliement de nombres de députés LR, le pari est d’ores et déjà gagnant et Emmanuel Macron aura probablement une majorité. Mais sur quelle ligne politique se rassemblera pour agir cette majorité, aujourd’hui construite sur la base d’une simple adhésion au chef ? Là nous sommes dans le flou ou dans le machiavelien.

Mais fallait-il ici que la tactique l’emporte au détriment de la laïcité ? Fallait-il nommer à un poste si symbolique un homme qui a montré, en tant que Maire, qu’il n’était guère sensible aux attaques qu’elle subissait et a du mal à s’opposer aux manifestations islamistes. Fallait-il vraiment s’essuyer les pieds sur les associations laïques alors que l’on sait que l’occultation du danger islamiste et les reculs en matière de laïcité alimentent autant le mépris du politique que la peur et la réalité du déclassement social ? 

Apres, les hommes confrontés à la réalité du pouvoir peuvent évoluer et grandir en conscience. Il faudra donc attendre que ce nouveau gouvernement pose des actes pour savoir si nos inquiétudes s’avéreront fondées ou non. Laissons-le travailler et soyons plus que jamais vigilants. Nous sommes dans une situation de décomposition-recomposition tout à fait inédite, alors ne refusons pas la possibilité d’emblée de connaître peut-être de bonnes surprises. Et si elles s’avèrent mauvaises, nous saurons faire notre travail d’alerte et construirons alors ce mouvement politique républicain et laïque qui manquera dans le paysage institutionnel.

Post publié sur Facebook le 16 mai 2017