« Nous ne sommes pas condamnés à manger des briques parce que nos dirigeants vont dans le mur »

Face à l’islamisme, les élus sont médiocres

Interviews

Conseillère régionale PS dans le Val-d’Oise jusqu’en décembre 2015, Céline Pina s’est fait connaître en septembre 2015 en dénonçant publiquement la tenue du Salon de la femme musulmane, à Pontoise. Elle vient de publier un livre, Silence coupable (éditions Kero, avril 2016), dans lequel elle fustige notamment le clientélisme des élus locaux.

Le Figaro : Après avoir dénoncé, en 2015, la tenue du Salon de la femme musulmane, à Pontoise, et la passivité des pouvoirs publics, vous publiez un livre accusateur. Votre prise de parole a-t-elle été libératrice ? 

Céline Pina : Comme élue d’Île-de-France, j’ai hurlé dans le désert pendant des années. J’avais l’habitude de voir les gens lever les yeux au ciel quand je dénonçais les atteintes à la laïcité ou, au mieux, rester silencieux pour venir me dire après « Tu sais, tu as été courageuse, on n’a rien dit mais on est d’accord ». J’ai été traitée de tous les noms (comme mon compagnon a travaillé avec Dominique Strauss-Kahn, j’ai même eu droit aux attaques en dessous de la ceinture). On m’a reproché d’être islamophobe, de faire le jeu du FN. J’ai eu des menaces dans ma boîte aux lettres. Quand j’ai pris position publiquement, en septembre 2015, j’avais peur, je me suis même demandé si j’avais le droit de le faire: j’ai une famille, je ne voulais pas l’exposer. Il n’y avait que des coups à prendre. Si je n’ai pas abandonné le combat, c’est parce que je me suis dit que je ne voulais pas laisser mes enfants grandir dans un monde à feu et à sang ! Dans ce contexte, j’ai été étonnée que ma parole soit écoutée, entendue, recueillie.

Vous dénoncez un double langage, un discours ferme contre l’intégrisme radical musulman au plan national et une série d’abandons au plan local.

Je ne veux pas tomber dans le « tous pourris » mais, à dire vrai, même au plan national, c’est une parole vide qui est portée aujourd’hui. On entend surtout des incantations. Les responsables politiques ont choisi le déni. Ils donnent le sentiment de ne pas prendre la mesure de la menace intégriste et surtout de ne pas en tirer les conséquences. Ils ignorent la colère qui grandit dans la société civile et donnent l’impression de préparer avec l’islamisme des accommodements raisonnables. Aujourd’hui, quelqu’un comme l’inénarrable imam de Brest, Rachid Abou Houdeyfa (qui enseigne aux enfants que « la musique est la créature du diable »), est toujours là. Il y a dans des écoles coraniques qui ne sont pas sous contrat des petites filles voilées dès six ans. Il y a de nombreuses mosquées salafistes, les Frères musulmans noyautent beaucoup d’associations et d’institutions… et les élus détournent les yeux quand ils ne tirent pas eux-mêmes sur les lanceurs d’alerte.

Vous déplorez un communautarisme qui est accepté, intégré par beaucoup d’élus locaux.

Au début, c’était du clientélisme de base. Pour les élus, c’était beaucoup plus facile d’avoir face à eux des interlocuteurs peu nombreux mais très prescripteurs pour leur communauté que de travailler le terrain. Ces représentants communautaires sont devenus puissants grâce à la légitimité que leur conférait le lien avec le politique. Et certains ont mis leur influence sur leur communauté, au service d’une idéologie. Car derrière le communautarisme et la radicalisation islamiste, il y a un projet de prise de pouvoir et d’islamisation de la société. Tariq Ramadan, lors du dernier rassemblement des Musulmans de France, à Lille, le dit très clairement. Or, on est d’une complaisance incroyable avec des gens qui prônent une idéologie violente, haineuse, inhumaine et totalitaire.

Vous faites un constat désespérant et désespéré de notre classe politique et singulièrement de la gauche…

On est dans l’ère des héritiers sans mémoire ni testament, de ceux qui n’ont plus rien à défendre et sont là pour construire leur carrière. Autant du côté de la droite que de la gauche — qui abrite en son sein nombre d’islamo-gauchistes, idiots utiles des islamistes —, il n’y a plus que du « fond de cuve ». Les élus sont médiocres. C’est la fin d’une génération politique. Après les manifestations du 11 janvier, il ne s’est absolument rien passé. On a dit aux gens « Rentrez chez vous ! « . Jusqu’à ce que surviennent les attentats du 13 novembre. Et là, j’étais très en colère: que de temps perdu à nier la radicalisation, à agiter le spectre d’une islamophobie ! 

Cela dit, il y a quelque chose qui ne me désespère pas, c’est notre peuple. Il s’est très bien tenu ! En septembre dernier, j’ai reçu beaucoup de messages: « Qu’est-ce qu’on peut faire ?  » Je me demandais où les envoyer, dans quel parti ? Quel parti porte vraiment aujourd’hui un idéal républicain, laïc ? Quel est le parti du courage ? Je suis convaincue que la réponse viendra du peuple. Si on ne peut pas utiliser l’ordre public pour interdire les rassemblements des Frères musulmans — parce que l’UOIF, ce sont des intégristes, des extrémistes qui ont un projet politique dangereux et violent —, il faut les combattre culturellement. Quand il y a un rassemblement au Bourget, faisons un barnum en face, investissons la rue ! Soyons le désordre public ! 

Manuel Valls apparaît ferme dans le discours, mais empêché. Êtes-vous d’accord quand il dit qu’il faut supprimer le voile à l’université ? 

L’interview qu’il a donnée à Libération est révélatrice de sa solitude et de l’absence totale de sens des responsabilités de François Hollande et du gouvernement. Le voile a une signification, l’impureté et le refus de l’égalité entre l’homme et la femme. Le devoir d’un républicain est de le combattre.

Les femmes n’ont-elles pas un rôle particulier à jouer dans ce combat contre l’intégrisme ? 

Bien sûr, l’autre manière de combattre les intégristes, c’est, en effet, de dénoncer l’atteinte à la dignité humaine. Et refuser l’égalité aux femmes, c’est une atteinte à la dignité humaine. J’en ai marre de voir que les mêmes, qui n’accepteraient pas que l’on refuse l’égalité à des gens en raison de la couleur de leur peau, sont prêts, en revanche, à l’accepter pour une femme ! Pour moi, c’est une trahison impardonnable. Les femmes sont souvent en première ligne dans le combat car elles sont les premières menacées. Je pense à Nadia Remadna de la Brigade des mères qui a pris la parole avec un courage extrême, au nom de ces femmes dont les mômes sont manipulés puis envoyés en Syrie. Je pense aussi à ces femmes qui se rassemblent pour occuper l’espace public, pour aller ensemble au café alors que l’on voudrait leur interdire. Des femmes courageuses qui se retrouvent souvent seules.

Vous avez des mots très durs à l’encontre de la gauche. Êtes-vous toujours de gauche ? 

Pour la première fois de ma vie, j’ai voté blanc aux régionales car je ne pouvais pas cautionner le discours de campagne de Claude Bartolone. Je ne me bats pas pour les gens de Solferino, ni pour ceux qui ont trahi la gauche et son idéal d’émancipation et d’ascension sociale. Je me bats pour les femmes voilées par contrainte ou pression sociale dans les quartiers, les petites filles voilées à six ans, pour toutes celles qu’on empêche d’être, celles qui ne peuvent même plus aller au café parce que femmes et ce, à 20 kilomètres de Paris ! Je me bats pour ce que nous sommes !